Encyclopedie multimedia de la Shoah

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United States Holocaust Memorial Museum
  Le clergé catholique et les dignitaires nazis, parmi lesquels Joseph Goebbels (au bout à droite) et Wilhelm Frick (second à partir de la droite), font le salut nazi. Allemagne, date incertaine.
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  LES ÉGLISES ALLEMANDES FACE AU NAZISME  

 

Le recensement de 1925 apporta des chiffres sur l'appartenance religieuse de la population allemande. Sur un total de 65 millions de personnes, 40 millions se reconnaissaient dans la principale église protestante (l'Eglise luthérienne), 21 millions dans l'Eglise catholique romaine, et 620 000 dans d'autres confessions chrétiennes, en majorité protestantes. Si en 1933 la politique nazie sembla tolérer la traditionnelle autonomie des églises, il devint rapidement clair que cette situation, cet équilibre entre la religion et l'Etat, ne perdurerait que si les Eglises acceptaient la mise au pas - c'est-à-dire leur alignement sur l'Etat nazi - comme les autres secteurs de la société allemande. L' Eglise catholique et les Eglises protestantes firent face au pouvoir des Nazis en tentant de garder le contrôle de leurs institutions respectives et le droit pour leur fidèles de prier librement et ouvertement.

L'EGLISE CATHOLIQUE
 
Le parti du Centre catholique - le Zentrum - fut l'un des piliers de la République de Weimar. Il avait en général résisté électoralement à la montée du nazisme, même si son aile droite était représentée par des hommes politiques qui pouvaient au moins s'accomoder d'un gouvernement nazi. Lorsque Hitler devint chancelier en janvier 1933, le parti du Centre apporta son soutien aux mesures lui accordant les pleins pouvoirs. Le 5 juillet 1933, le parti du Centre, sous la forte pression des Nazis, proclama son auto-dissolution (les partis politiques restants ayant été bannis plus tôt, au printemps de la même année).

 

 

L'Eglise catholique d'Allemagne se soumettait à l'autorité du Vatican et du Pape Pie XI. Celui-ci signa un Concordat - c'est-à-dire un accord entre Etats - avec le Reich 15 jours après la dissolution du Zentrum. Ce Concordat confirmait la disparition des organisations politiques et des syndicats catholiques allemands, mais garantissait à l'Eglise ses droits traditionnels de préserver et de promouvoir la pratique du rite catholique, le maintien des écoles catholiques et la liberté de choix de son clergé. De nombreuses dispositions de cet accord furent cependant rapidement mises à mal, puisque les Nazis persécutèrent les Jésuites, l'Action catholique (un mouvement religieux et social) et diverses autres organisations catholiques.

Après avoir tenté de composer avec le Reich pendant plusieurs années, le Pape Pie XI publia en 1937 l'encyclique Mit brennender Sorge (Avec une inquiétude ardente), dans laquelle, il critiquait la vision du monde nationale-socialiste et exigeait du gouvernement allemand qu'il respectât les termes du Concordat. Les Nazis répondirent par une vague de procès contre des prêtres, accusés de fausses infractions à la loi.

 

 

L'EGLISE LUTHERIENNE
 
Dans une tentative de mettre totalement au pas les croyants, il fut créé une nouvelle Eglise. Hitler nomma un "Evêque du Reich", Ludwig Mueller, qui prit la tête d'un mouvement "Chrétien allemand". Mueller tenta une synthèse de l'idéologie nazie et de la tradition protestante, et à faire la propagande d'une "église du peuple" appliquant les principes racistes nazis. En 1936 ce mouvement rassemblait 600 000 adhérents. Les dirigeants nazis tentèrent également de remplacer les fêtes chrétiennes par des célébrations grandioses de symboles paiens à la gloire du Parti. Le nazisme tenta également d'infléchir l'influence du clergé sur l'éducation religieuse dans les écoles publiques, et de détourner les activités et influer sur le contenu de l'enseignement des écoles religieuses.

 

 

En 1933, des membres du clergé créèrent la Ligue d'urgence des pasteurs, avec à sa tête le pasteur Martin Niemoeller. La ligue prit position contre la domination nazie de l'Eglise. En 1934, ses dirigeants fondèrent l'Eglise de la Confession, représentant une minorité de pasteurs protestants en Allemagne. Elle voulait résister à la coercition nazie et dénoncer le vide moral du mouvement pro-nazi "Chrétien allemand". L'Eglise de la Confession ne protesta pas, cependant, contre les politiques raciale ou sociale des Nazis. Même si un nombre très réduit de théologiens allemands - comme Dietrich Bonhoeffer - s'opposa au régime, dans leur grande majorité les dirigeants de l'Eglise protestante ne s'opposèrent pas ni aux actions ni aux législations discriminatoires de l'Etat.

Les Eglises catholique et protestantes intervinrent en faveur des Juifs convertis ou des Juifs mariés à des membres de leurs Eglises, et parvinrent ainsi à sauver quelques vies. De plus, les Eglises protestèrent de façon véhémente contre le programme nazi d'euthanasie et parvinrent à limiter son ampleur. A la suite de ces potestations, le régime nazi mit fin à la partie visible de ce programme, il le poursuivit en secret. Cependant, l'action des Eglises à ce propos a montré que les protestations pouvaient encore avoir un impact sur la politique du régime. Et pourtant, ni les dirigeants catholiques, ni la hiérarchie du clergé protestant ne se prononcèrent officiellement contre la persécution des Juifs ou les horreurs de la "Solution finale".

AUTRES MOUVEMENTS CHRETIENS
 
Les groupes religieux minoritaires étaient considérés comme politiquement dangereux en raison de leurs tendances adventistes, millénaristes et internationales. Certains furent bannis par le gouvernement nazi, et la plupart firent l'objet d'une surveillance constante par la police secrète. Les petites églises furent une cible plus facile pour le gouvernement que les principales. La politique nazie varia cependant d'un mouvement à l'autre. Certains, comme les Témoins de Jéhovah (interdits en Prusse dès 1933) furent persécutés et 10 000 d'entre eux furent jetés dans les camps de concentration. D'autres, comme les Nouveaux apostoliques, les Scientistes chrétiens (bannis en 1941) et les Adventistes du septième jour, furent harcelés par intermittence. Enfin, certains groupes, tels que les Mormons, furent simplement ignorés voire considérés avec une certaine bienveillance. Pratiquement tous les mouvements chrétiens furent accusés à un moment ou à un autre d'être des repères de marxistes ou d'autres "ennemis de l'Allemagne".

 


Articles en Anglais

 
German Churches and the Nazi State
 


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