Encyclopedie multimedia de la Shoah

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National Archives
  Des soldats allemands emmènent des Juifs capturés au cours de la révolte du ghetto de Varsovie au point de rassemblement pour les déporter. Pologne, mai 1943.
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  LES DÉPORTATIONS VERS LES CAMPS D'EXTERMINATION  

 

Dans leur conquête de l'Europe et leurs plans de réorganisation de la composition ethnique de l'Europe orientale, les Nazis utilisèrent la déportation par voie ferrée pour enlever par la force des groupes ethniques du territoire où ils vivaient. Leur intention était de faire partir tous les Juifs d'Europe, éventuellement par une extermination systématique. Les Allemands utilisèrent les réseaux ferrés de l'ensemble du continent pour transporter les Juifs vers la Pologne. Après avoir commencé à exterminer méthodiquement les Juifs dans des centres d'extermination spécialement construits, les Nazis déportèrent les Juifs par voie ferrée et, lorsque des trains n'étaient pas disponibles et que les distances étaient courtes, par marche forcée ou par camions. Pendant l'année 1941, les Nazis décidèrent d'appliquer la "Solution finale", c'est-à-dire le meurtre systématique des Juifs de tout le continent.

A la Conférence de Wannsee du 20 janvier 1942, qui se tint près de Berlin, les représentants des ministères et de la SS se réunirent pour coordonner la déportation des Juifs européens dans les camps d'extermination déjà en fonctionnement ou en cours de construction en Pologne occupée par l'Allemagne. Les participants de cette conférence estimaient que la "Solution finale" devait impliquer la déportation et éventuellement l'extermination de 11 millions de Juifs, y compris ceux résidant dans des pays hors du contrôle allemand, comme l'Irlande, la Suède, la Turquie, la Grande Bretagne ou l'Afrique du Nord.

 

 

Des déportations sur une telle échelle nécessitaient la coordination de divers organismes du gouvernement allemand, principalement de l'Office central de sécurité du Reich (RSHA), de l'Office principal de la Police d'ordre, du ministère des Transports, et du ministère des Affaires étrangères et la Reichsbahn, l'entreprise publique de chemins de fer. Le RSHA ou les dirigeants SS et de la police régionaux coordonnèrent et souvent dirigèrent les déportations. La Police d'ordre, souvent renforcée par des auxiliaires ou des collaborateurs locaux dans les territoires occupés, raflèrent et transportèrent les Juifs vers les camps d'extermination. Le ministère des Transports organisa les horaires des trains. Le ministère des Affaires étrangères négocia avec les alliés de l'Allemagne au sein de l'Axe la livraison de leur citoyens Juifs.

Les Allemands tentèrent de déguiser leurs intentions. Ils cherchèrent à représenter les déportations sous les traits d'une "réinstallation" de la population juive dans des camps de travail à "l'Est". En fait, la "réinstallation" à "l'Est" était un euphémisme pour le transport vers les camps d'extermination et les assassinats de masse.

 

 

Les Allemands utilisèrent à la fois des wagons de passagers et des wagons de marchandises pour les déportations. Les déportés ne recevaient en général ni eau ni nourriture pendant le voyage, même lorsqu'ils devaient attendre des journées entières sur des voies de garage pour laisser passer d'autres trains. Les wagons de marchandises utilisés étaient surpeuplés. Les Juifs enduraient une chaleur intense pendant l'été, et des températures extrêmement basses en hiver. En-dehors d'un seau, il n'y avait aucune installation sanitaire. Les odeurs d'urine et d'excréments ajoutaient encore à l'humiliation et à leur souffrance. Par manque de nourriture et d'eau, nombreux étaient les déportés qui mourraient avant d'arriver à destination. Les transports étaient accompagnés par des gardes de police armés ou des SS qui avaient ordre de tirer sur quinconque tentait de s'échapper.

 

 

Entre décembre 1941 et juillet 1942, les Nazis créèrent des camps d'extermination en Pologne occupée - Chelmno, Belzec, Sobibor, Treblinka et Auschwitz-Birkenau. Birkenau faisait partie du complexe de camps d'Auschwitz, qui fonctionnait également comme camp de concentration pour le travail forcé. Un autre camp de concentration, situé près de Lublin et connu sous le nom de Maïdanek, servait de site pour le meurtre de groupes ciblés de prisonniers juifs et non juifs, par gaz ou par d'autres méthodes. Les Allemands tuèrent au moins trois millions de Juifs dans les camps d'extermination.

Les déportations vers les camps d'extermination de Belzec, Sobibor et Treblinka furent conduites dans le cadre de l'action Reinhardt et gérées par les autorités SS et de police du district de Lublin du Gouvernement général (territoire à l'intérieur de la Pologne occupée). Les Juifs de Pologne du sud et du sud-est furent les principales victimes de Belzec. La plupart des Juifs déportés à Sobibor venaient du district de Lublin. Les Juifs des districts de Varsovie et de Radom furent déportés à Treblinka et y furent tués. Les autorités allemandes déportèrent les Juifs du ghetto de Lodz au camp d'extermination de Chelmno, créé en Pologne occidentale en décembre 1941.

Le camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau joua un rôle significatif dans le plan allemand d'extermination des Juifs européens. Des trains arrivaient à Auschwitz-Birkenau pratiquement tous les jours, amenant des Juifs venant de tous les pays d'Europe occupés par l'Allemagne - de la Norvège au Nord jusqu'à l'île de Rhodes sur les côtes de Turquie au Sud, des Pyrénées à l'Ouest jusqu'aux frontières orientales de Pologne et aux Etats baltes.

EUROPE DE L'OUEST ET DU NORD
 
Les officiels allemands et leurs collaborateurs locaux déportèrent les Juifs d'Europe occidentale via des camps de transit comme ceux de Drancy en France, de Westerbork aux Pays-Bas et de Malines (Mechelen) en Belgique. Sur environ 75 000 Juifs déportés de France, plus de 65 000 furent déportés de Drancy à Auschwitz-Birkenau. Les Allemands déportèrent plus de 100 000 Juifs des Pays-Bas, presque tous à partir de Westerbork : environ 60 000 à Auschwitz et plus de 34 000 à Sobibor. Entre août 1942 et juillet 1944, 28 trains transportèrent plus de 25 000 déportés juifs de Belgique à Auschwitz-Birkenau via Malines (Mechelen).

A l'automne 1942, les Allemands arrêtèrent environ 770 Juifs norvégiens et les déportèrent par bateau et par train à Auschwitz. Une tentative de déportation des Juifs danois en septembre 1943 échoua lorsque la résistance danoise, mise au courant de rafles imminentes, aida à la fuite en masse des Juifs vers la Suède neutre.

EUROPE DU SUD
 
Les Allemands déportèrent aussi des Juifs de Grèce, d'Italie et de Croatie. Entre mars et août 1943, 40 000 Juifs furent déportés de Salonique, en Grèce septentrionale, à Auschwitz-Birkenau. La plupart des déportés furent gazés à leur arrivée. Après l'occupation de l'Italie du Nord par les Allemands en septembre 1943, ils déportèrent environ 8 000 Juifs, la plupart à Auschwitz-Birkenau. Sur la base d'un accord conclu entre l'Allemagne et la Croatie, son alliée au sein de l'Axe, environ 7 000 Juifs croates furent déportés à Auschwitz-Birkenau.

Le gouvernement bulgare refusa la déportation de ses citoyens juifs qui vivaient à l'intérieur des frontières de la Bulgarie d'avant-guerre. Cependant, des unités militaires et de gendarmerie bulgares raflèrent et déportèrent environ 7 000 résidents juifs de Macédoine occupée, une région qui avait fait partie de la Yougoslavie, via un camp de transit à Skopje. A partir de la Thrace sous occupation bulgare, environ 4.000 Juifs furent regroupés dans deux points de rassemblement en Bulgarie et remis aux Allemands. Au total, la Bulgarie déporta plus de 11 000 Juifs vers les territoires contrôlés par l'Allemagne. La plupart d'entre eux fut envoyée à Treblinka et exterminée.

EUROPE CENTRALE
 
Les autorités allemandes commencèrent à déporter les Juifs d'Allemagne, d'Autriche, des Sudètes et du Protectorat de Bohème et Moravie à partir d'octobre 1941, avant même que les camps d'extermination ne fussent créés en Pologne occupée. Entre octobre 1941 et septembre 1942, près de 50 000 Juifs furent déportés d'Allemagne vers les ghettos de Lodz et de Varsovie en Pologne, le ghetto de Minsk en Biélorussie, le ghetto de Kaunas (Kovno) en Lituanie, et le ghetto de Riga en Lettonie. Les Juifs allemands, autrichiens et tchèques furent envoyés dans les ghettos de Lodz et de Varsovie, à partir desquels ils furent plus tard déportés avec les Juifs polonais à Chelmno, à Treblinka, et, en 1944, à Auschwitz-Birkenau. Certains Juifs allemands déportés dans les ghettos des Etats baltes et de Biélorussie furent abattus par les Einsatzgruppen (unités mobiles d'extermination).

En 1942 et 1943, la plupart des Juifs qui restaient en Allemagne furent déportés à Auschwitz-Birkenau. Les Allemands déportèrent les Juifs âgés et les personnalités d'Allemagne, d'Autriche, et du Protectorat de Bohème-Moravie, au ghetto de Terezin (Theresienstadt), qui servit aussi de camp de transit pour les déportations plus à l'Est vers Auschwitz-Birkenau. Entre mai et juillet 1944, les gendarmes hongrois, en coopération avec la police de sûreté allemande, déportèrent près de 440 000 Juifs de Hongrie. La plupart d'entre eux fut envoyée à Auschwitz-Birkenau. Plus de 50 000 Juifs slovaques furent déportés à Maïdanek et à Auschwitz-Birkenau. Lors de la dernière déportation majeure de la guerre, quelque 10 000 Juifs slovaques furent déportés à Auschwitz à l'automne 1944, pendant le soulèvement slovaque.

 


Articles en Anglais

Articles complémentaires

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