Encyclopedie multimedia de la Shoah

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Stadtarchiv Nuernberg
  Photos d’identité de Henny Schermann, vendeuse dans une boutique de Francfort sur le Main. En 1940 la police arrêta Henny, qui était Juive et lesbienne, et la déporta vers le camp de concentration pour femmes de Ravensbrück. Elle fut assassinée ...
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  LES LESBIENNES SOUS LE TROISIÈME REICH  

 

Si les actes homosexuels entre hommes avaient traditionnellement été passibles de poursuites pénales dans la plupart des régions allemandes, l'homosexualité féminine, par contre, n'était pas réprimée. Cela s'explique en grande partie par la place subalterne qu'occupaient les femmes dans l'Etat et la société allemande. A la différence des homosexuels masculins, les lesbiennes n'étaient pas considérées en règle général comme une menace sociale ou politique. Même après l’avènement des Nazis au pouvoir en 1933, la plupart des lesbiennes allemandes purent mener une vie relativement tranquille, sans être persécutées par la police.

Dans les limites du rôle subalterne assigné aux femmes dans l'Allemagne impériale, les lesbiennes avaient participé au mouvement d'émancipation homosexuelle qui vit le jour en Allemagne à partir des années 1890. Jusqu'en 1908, la loi allemande interdisait aux femmes d'adhérer à des organisations politiques. Même après la levée partielle de ces restrictions, tout était fait encore pour décourager les femmes de participer à une activité politique, c'est pourquoi les lesbiennes préféraient se retrouver de façon plus informelle dans des bars ou des clubs. Cette tendance s'inscrivit aussi dans la libéralisation générale des mœurs sexuelles dans l'Allemagne d'après la Première Guerre mondiale. La République de Weimar apporta de nouvelles libertés tant sur le plan social que sur le plan politique. Pour la plupart des homosexuels des deux sexes, cette époque se caractérisa par une certaine ouverture.

 

 

Berlin et les autres villes principales du pays devinrent des centres de vie homosexuelle. A Berlin, des clubs tels que le "Dorian Gray" et "The Magic Flute Dance Palace" contribuèrent à la création d'un réseau social lesbien. La levée de la censure permit l'apparition de nombreuses publications lesbiennes, parmi lesquelles les revues Frauenliebe (Amour féminin) et Die Freundin (L'amie).

Les traditionalistes critiquèrent durement cette ouverture. La résurgence du conservatisme politique dans les dernières années de la république de Weimar déboucha sur une nouvelle série de mesures répressives contre les homosexuels. C'est ainsi par exemple qu'en 1928 la police décida d'interdire Die Freundin et d'autres journaux lesbiens en application de la loi de protection de la jeunesse contre les publications obscènes. De nombreux conservateurs demandèrent la pénalisation des actes homosexuels. Des polémistes tels que Erhard Eberhard écrivirent des pamphlets contre les homosexuels, les féministes, les républicains et les Juifs, autant de groupes qui étaient souvent associés par les conservateurs à une conspiration visant à détruire l'Allemagne. Ces pamphlets dénonçaient notamment le mouvement pour les droits de la femme, l'accusant d'être en fait une organisation visant à convertir les femmes allemandes à l'amour lesbien.

 

   
Les parents de Henny s'étaient rencontrés peu après que son père eut ...
Les témoignages
 
 

 

Avec l'accession des Nazis au pouvoir en 1933, cette réaction conservatrice laissa la place à la répression d'Etat. Les nazis considéraient que les femmes étaient non seulement inférieures aux hommes, mais aussi par nature dépendantes d'eux. Par conséquent, les lesbiennes représentaient à leurs yeux une menace moindre que les homosexuels hommes. Les Nazis considéraient les femmes comme des êtres passifs, en particulier dans le domaine sexuel, des êtres ayant besoin des hommes pour exister pleinement et avoir une vie sexuelle. De nombreux Nazis également craignaient que l'affection sociale plus explicite entre femmes n'estompe la ligne de démarcation entre l'amitié et l'amour lesbien, rendant plus difficile l'identification des "vraies" lesbiennes. Enfin, les Nazis ne virent pas dans l'amour lesbien un problème social car ils considéraient que les lesbiennes pouvaient quand même remplir la fonction première de la femme allemande, à savoir être mère du plus grand nombre possible d'enfants "aryens". Chaque femme, indépendamment de sa sexualité, pouvait servir l'Etat nazi comme épouse et comme mère.

 

 

Les Nazis n'en persécutèrent pas moins les lesbiennes, même s'il est vrai que cette persécution fut moins dure que celle que subirent les hommes homosexuels. Peu après la nomination de Hitler comme chancelier, la police commença à effectuer systématiquement des descentes dans les bars et clubs homosexuels, qui durent fermer. Les lesbiennes furent ainsi obligées de se rencontrer clandestinement. Les Nazis instaurèrent un climat de crainte en encourageant les descentes de police et les dénonciations contre les lesbiennes. Nombreuses furent celles qui durent cesser de fréquenter leurs cercles d'amies, et dans certains cas furent forcées d'aller vivre dans d'autres villes pour retrouver l'anonymat. D'autres recherchèrent même la protection du mariage, contractant des mariages blancs avec des amis homosexuels.

Même si la police considérait les lesbiennes comme des "éléments asociaux" - autrement dit des personnes qui ne se conformaient pas aux normes nazies et étaient donc susceptibles d'être arrêtées et envoyées dans les camps de concentration - peu d'entre elles dans les faits furent emprisonnées au seul motif de leur sexualité. Les Nazis ne rangeaient pas les lesbiennes dans la catégorie des détenus homosexuels, et seuls les prisonniers homosexuels mâles devaient porter le triangle rose. Bien que les arrestations de lesbiennes par la police aient été relativement rares, la menace de persécutions n'en faisait pas moins qu'il leur était dangereux de vivre leur identité au grand jour.

Les lesbiennes durent subir également la politique nazie envers les femmes en général. Etant donné que les Nazis considéraient que la fonction première des femmes était de servir comme épouses et comme mères, ils fermèrent aux femmes les carrières professionnelles les plus prestigieuses. Paradoxalement toutefois, le besoin de main-d'œuvre lié à l'effort de réarmement et la guerre eut pour effet d'augmenter le nombre de femmes qui travaillaient, même si elles étaient reléguées en général dans des emplois mal payés. Les bas salaires accordés aux femmes affectèrent de façon particulière les lesbiennes, car elles étaient en général célibataires et ne pouvaient donc pas compter sur le salaire de leur mari. Les difficultés économiques venant s'ajouter aux pressions sociales croissantes et à la peur d'être arrêtées eurent pour effet de leur rendre la vie difficile sous le régime nazi, même si les actes sexuels entre femmes n'y étaient pas officiellement illégaux.

Même si de nombreuses lesbiennes souffrirent sous le Troisième Reich, elles ne firent pas l'objet de persécutions systématiques de la part des Nazis. Celles qui acceptèrent de mener une vie discrète et de passer inaperçues, se mariant avec des amis ou essayant en quelque manière de se conformer en apparence aux attentes de la société, ne furent pas inquiétées et survécurent.

 


Articles en Anglais

 
Lesbians and the Third Reich
 


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