Encyclopedie multimedia de la Shoah

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National Archives
  Après l’Anschluss (l’annexion de l’Autriche par les Allemands), des réfugiés juifs autrichiens débarquent du vapeur italien “Conte Verde.” Shanghai, Chine, 14 décembre 1938.
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  LES JUIFS POLONAIS EN LITUANIE : LA FUITE VERS LE JAPON  

 

L'attaque allemande contre la Pologne en septembre 1939 prit au piège près de 3,5 millions de Juifs qui vivaient dans les territoires tombés sous la domination allemande et soviétique.

A la fin de l'année 1940 et au début de l'année 1941, quelques mois seulement avant que les Allemands ne commencent les meurtres en masse des Juifs en Union Soviétique, 2 100 Juifs polonais se réfugièrent en Lituanie. Ils tentèrent de trouver un lieu d'accueil, ce qui n'aurait pas été possible sans les efforts inlassables de nombreuses personnes. Plusieurs organisations et communautés juives leur apportèrent une aide matérielle et financière.

 

 

Mais l'aide la plus essentielle fut la plus inattendue : elle fut offerte par des représentants du gouvernement néerlandais en exil et un allié de l'Allemagne au sein de l'Axe, le Japon. Leur action humanitaire en 1940 constitua un acte de secours essentiel pour le sauvetage des réfugiés juifs polonais en Lituanie.

La pression pour faire partir ces réfugiés de Lituanie s'intensifia à la fin de l'année 1940, lorsque – après la prise de contrôle par les Soviétiques – le gouvernement ordonna à tous les réfugiés d'adopter la nationalité soviétique sous peine d'être exilés en Sibérie comme "éléments non fiables". Encouragés par les informations qu'il était possible de voyager sans encombres par le transsibérien jusqu'au port de Vladivostok, à l'extrême est de l'Union Soviétique, des centaines de Juifs demandèrent des visas de sortie soviétiques. On ne sait toujours pas pourquoi les Soviétiques autorisèrent le départ des réfugiés porteurs de documents de voyage polonais, dont, pour beaucoup, la validité était douteuse.

 

 

Les réfugiés, aidés par le Consul des Pays-Bas par intérim, Jan Zwartendijk, et le Consul du Japon par intérim, Chiune Sugihara, à Kaunas (Kovno), qui leur fournirent des visas d'entrée pour l'île néerlandaise de Curaçao et pour le Japon. Normalement, tous les réfugiés n'auraient pas pu réussir à partir. Certains d'entre eux ne possédaient pas les dollars américains que les Soviétiques exigeaient en paiement d'un très cher billet de train. Finalement, les Soviétiques accordèrent les autorisations de départ de façon arbitraire. Les Soviétiques permirent même à des réfugiés ne possédant qu'un visa japonais de quitter le territoire soviétique. Mais la plupart des citoyens lituaniens ne demandèrent pas à émigrer. Sous le régime communiste, ils étaient citoyens soviétiques et, en tant que tels, cette liberté leur était refusée.

 

 

Entre juillet 1940 et juin 1941, environ 2 200 réfugiés juifs quittèrent la Lituanie pour Moscou, d'où ils prirent le transsibérien. Pendant leur bref séjour à Moscou, de nombreux réfugiés logèrent à l'Hôtel Novo Moskovskaia (Nouveau Moscou). Le transsibérien partait de Moscou deux fois par semaine. L'American Jewish Joint Distribution Committee avait la tâche ardue de choisir un nombre limité de réfugiés qui pourraient recevoir tout ou partie des 200 dollars que coûtait le billet de l'Intourist, l'agence de voyage officielle, pour le voyage en train jusqu'à Vladivostok.

Malgré leur anxiété, de nombreux réfugiés se souviennent avoir eu l'impression d'un voyage touristique. Lorsque le train s'arrêtait dans la région autonome juive du Birobidjan, près de la frontière avec la Mandchourie, les réfugiés discutaient brièvement avec les Juifs qui vendaient des marchandises dans les gares.

Dans le port de Vladivostok, les Soviétiques confisquaient l'argent et les objets de valeur avant de laisser les réfugiés monter à bord des vapeurs japonais. Lorsque les réfugiés juifs atteignaient le Japon, bon nombre d'entre eux étaient sans ressources et n'avaient pas les documents leur permettant de poursuivre leur voyage. Avec l'accord des autorités japonaises, un représentant de la communauté juive rencontrait les réfugiés à Tsuruga et les accompagnait dans le train les menant à Kobe. Avec des fonds provenant en grande partie du Joint Distribution Committee, la communauté juive du Japon – dirigée par Anatole Ponevejsky – mit en place des maisons d'accueil communes, prit les dispositions nécessaires pour le logement et la nourriture des arrivants, et se fit le représentant des réfugiés dans leurs relations avec les officiels locaux.

Les visas délivrés pour la colonie néerlandaise de Curaçao, dans les Caraïbes, qui avaient permis aux réfugiés de quitter l'Union Soviétique, s'avérèrent inutiles pour poursuivre le voyage au-delà du Japon. Ayant besoin de visas valables, les réfugiés faisaient le tour des consulats à Kobe, Yokohama et Tokyo. Plus de 500 Juifs polonais réussirent à obtenir des visas américains avant décembre 1941, mais de nouvelles restrictions apportées à l'immigration en raison de la guerre interdirent l'entrée à plusieurs centaines de réfugiés pourtant dûment parrainés. Le Département d'Etat, par exemple, interdit que des visas fussent accordés aux réfugiés ayant des parents dans les territoires occupés par l'Axe. Les certificats permettant d'entrer en Palestine étaient encore plus rares, et les dispositions nécessaires pour le voyage encore plus complexes et onéreuses.

Une minorité de réfugiés put se rendre rapidement aux Etats-Unis et dans d'autres pays. Pour les centaines d'autres qui restèrent au Japon, le séjour se prolongea de semaine en semaine. De nombreux réfugiés doutaient même qu'ils pussent jamais obtenir un visa de destination finale auprès des consulats des Etats-Unis ou des autres pays auxquels ils s'adressaient. La plupart des réfugiés juifs polonais restèrent au Japon beaucoup plus longtemps que ne les y autorisait leur visa de transit. Beaucoup craignaient le jour où les autorités ne leur accorderaient plus de permis leur permettant de prolonger légalement la période de résidence.

Les réfugiés étaient également inquiets pour les membres de leurs familles qui étaient restés en Pologne et dont ils avaient été séparés. Les cartes postales qu'ils recevaient de chez eux apportaient un certain réconfort, mais presque toutes les communications par courrier ou télégramme cessèrent après le 22 juin 1941, lorsque l'armée allemande envahit l'Union Soviétique. Entre le 22 juin 1941 et la défaite de l'Allemagne en 1945, les Allemands assassinèrent plus de trois millions de Juifs polonais. Les réfugiés au Japon, quant à eux, n'avaient que des échos éloignés de ce qui se passait en Europe et devaient se contenter de vagues rumeurs.

La population japonaise fut accueillante envers les réfugiés juifs au Japon. Les Japonais étaient également intrigués ; les étudiants de la yeshiva (école talmudique) leur paraissaient particulièrement étranges. A Kobe, les réfugiés attirèrent l'attention du Club de photographie d'avant-garde Tanpei, dont les membres prirent des photos des réfugiés à la fin du mois d'avril 1941. Après la guerre, de nombreux réfugiés se remémorèrent la curiosité des Japonais et remarquèrent l'absence d'une quelconque attitude antisémite ou de comportements tels que ceux qu'ils avaient dû subir dans la Pologne d'avant-guerre.

A l'automne 1941, plus de 1 000 réfugiés juifs polonais avaient quitté le Japon. 500 partirent aux Etats-Unis. Un nombre restreint d'entre eux put aller au Canada et dans d'autres dominions britanniques. Près de 1 000 personnes, n'ayant pas réussi à se procurer de visas de destination, restèrent bloquées.

En juillet 1941, les Etats-Unis imposèrent un embargo sur toutes les exportations de pétrole vers le Japon. Peu après, le Japon occupa l'Indochine française. La nervosité des réfugiés s'accrut à la vue des exercices militaires à Kobe, importante base navale, alors que la guerre dans le Pacifique s'annonçait. Alors que le Japon se préparait à la guerre pendant les semaines qui précédèrent son attaque contre Pearl Harbor, la police évacua le port militaire de Kobe. Entre la mi-août et la fin octobre 1941, elle déporta les réfugiés juifs à Shanghai, ville située en Chine, mais à l'époque encore sous occupation japonaise.

 


Articles en Anglais

 
Polish Jews in Lithuania: Escape to Japan
 


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