Encyclopedie multimedia de la Shoah

SOMMAIRE IMPRIMER

  KAUNAS (KOVNO)  

 

Entre 1920 et 1939, Kaunas (Kovno en polonais), au centre de la Lituanie centrale, était la capitale et la plus grande ville du pays. Les Juifs y étaient 35 000 à 40 000, soit environ un quart de la population totale de la ville. Ils se concentraient dans les secteurs du commerce, de l’artisanat et des professions libérales.

Kaunas était également un centre d’études juives. La Yéshiva de Slobodka, quartier pauvre de la ville, était l’une des institutions d'études juives parmi les plus prestigieuses d’Europe. La ville comptait presque 100 organisations communautaires, 40 synagogues, de nombreuses écoles yiddish, 4 lycées enseignant en hébreu et un hôpital juif. Elle était aussi un centre important du mouvement sioniste.

 

 
Carte de référence de l'Europe avec indication de la Lituanie
Autres cartes

La vie des Juifs de Kaunas fut bouleversée par l'occupation soviétique de juin 1940. Il y eut des arrestations, des confiscations et l'interdiction de toutes les institutions libres. Les organisations municipales juives disparurent presque du jour au lendemain. Les autorités soviétiques confisquèrent les propriétés. Entre-temps, le Front activiste lituanien, fondé par des nationalistes en exil à Berlin, diffusait clandestinement en Lituanie des documents de propagande antisémite. Cette propagande, entre autres choses, faisait porter au Juifs la responsabilité de l’occupation soviétique. Des centaines de Juifs furent exilés en Sibérie.

Lors de l'invasion de l'Union soviétique par l’Allemagne le 22 juin 1941, les troupes soviétiques durent fuir Kaunas. Immédiatement avant et après l’occupation de la ville par les Allemands le 24 juin, des agitateurs lituaniens pro-allemands et anti-communistes commencèrent à s’attaquer aux Juifs (auxquels ils attribuaient injustement la responsabilité de la répression soviétique) en particulier dans les rues Jurbarko et Krisciukaicio. Ces groupes d’extrême-droite assassinèrent des centaines de Juifs et en emmenèrent de force des dizaines d’autres au garage Lietukis, dans le centre-ville, où ils les massacrèrent.

 

 

Début juillet 1941, des unités des Einsatzgruppen (groupes mobiles d'extermination) et leurs auxiliaires lituaniens commencèrent à tuer systématiquement les Juifs dans des forts situé dans les environs de Kovno. Ces forts avaient été construits par les tsars au 19ème siècle pour assurer la défense de la ville. Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants juifs furent assassinés, principalement dans le 9ème fort, mais aussi dans le 4ème et le 7ème. Six mois après l’occupation de la ville, les Allemands et leurs collaborateurs lituaniens avaient massacré la moitié de la population juive de Kaunas.

 

 

Les Nazis mirent en place une administration civile sous le commandement du major général Hans Kramer. Entre juillet et la mi-août 1941, les Allemands regroupèrent les Juifs survivants, environ 29 000 personnes, dans un ghetto situé à Slobodka. Il s’agissait d’une zone constituée de petites maisons primitives, sans eau courante. Le ghetto comprenait deux parties, le «petit» et le «grand» ghetto, séparées l’une de l’autre par la rue Paneriu. Chacun de ces deux ghettos était entouré de fil barbelé et gardé de près. L’un et l’autre étaient surpeuplés, chaque personne ayant à disposition moins de 3 mètres carrés d’espace. Les Allemands réduisaient en permanence la taille du ghetto, ce qui obligea les habitants à déménager à plusieurs reprises. Le 4 octobre 1941, le petit ghetto fut détruit ; presque tous les habitants furent exécutés au 9ème fort. Au cours du même mois, le 29 octobre, les Allemands organisèrent ce qui devait être connue comme la «Grande Action». En un seul jour, ils exécutèrent 9 200 Juifs au 9ème fort.

Les Juifs fournissaient de la main-d’œuvre forcée pour l’armée allemande. Ils étaient utilisés principalement sur différents sites situés hors du ghetto, notamment à la construction d’une base aérienne militaire à Aleksotas. Le Conseil juif (Ältestenrat; Conseil des Anciens), dirigé par le Docteur Elchanan Elkes, créa également des ateliers au sein du ghetto pour les femmes, les enfants et les vieillards qui ne pouvaient pas participer aux brigades de travail. Ces ateliers finirent par employer presque 6 500 personnes. Le conseil espérait que les Allemands ne tueraient pas les Juifs travaillant pour le compte de l’armée.

A l’automne 1943, les SS prirent le contrôle du ghetto et le transformèrent en camp de concentration, qui reçut le nom de Kauen. Le rôle du Conseil juif se vit drastiquement réduit. Les Nazis envoyèrent plus de 3 500 Juifs dans des sous-camps où tous les aspects de la vie quotidienne étaient régis par une stricte discipline. Le 26 octobre 1943, les SS déportèrent plus de 2 700 personnes internées dans le camp principal. Les personnes jugées aptes au travail furent envoyées dans des camps en Estonie; les enfants et les personnes âgées furent déportées à Auschwitz. Presque aucun d’entre eux survécurent.

Le 8 juillet 1944, les Allemands évacuèrent le camp. La plupart des Juifs survivants furent déportés au camp de concentration de Dachau, en Allemagne, ou au camp de Stutthof, près de Danzig, sur la côte de la mer baltique. Trois semaines avant l’arrivée de l’armée soviétique à Kaunas, les Allemands rasèrent le ghetto au sol à la grenade et à la dynamite. Pas moins de 2 000 personnes périrent dans les flammes ou sous les balles en essayant de fuir.

Durant toutes ces années de souffrance et d’horreur, le communauté juive de Kaunas consigna en secret son histoire, rassemblant des archives, rédigeant des journaux, réalisant des dessins et des photographies. La plupart de ces documents avaient été cachés sous terre quand le ghetto fut détruit. Découverts après la guerre, ces quelques restes écrits de ce qui avait été une communauté florissante sont autant de témoignages de l’oppression, de l’esprit de résistance et de la mort de ces Juifs. C’est ainsi par exemple que George Kadish (Hirsh Kadushin) prit clandestinement des photographies des épreuves de la vie quotidienne au moyen d’un appareil photo caché, à travers la boutonnière de son manteau.

Le ghetto de Kaunas comptait plusieurs groupes de résistance juifs. Ils parvinrent à se procurer des armes, à mettre en place des lieux d’entraînement secrèts dans le ghetto et à nouer des contacts avec les résistants soviétiques actifs dans les forêts des alentours. En 1943, l’Organisation juive de combat (Yidishe Algemeyne Kamfs Organizatsye) unifia les principaux groupes de résistance du ghetto. Quelque 300 combattants s’en évadèrent pour aller rejoindre les partisans. Environ 70 d’entre eux moururent au combat. Le Conseil juif de Kaunas soutint activement les organisations clandestines du ghetto. De plus, un certain nombre de membres de la police juive participèrent aussi à la résistance. Les Allemands exécutèrent 34 membres de la police juive à ce titre.

Kaunas fut libéré par l’armée soviétique le 1er août 1944. Quelques rares Juifs avaient survécu, 500 cachés dans les forêts ou dans des bunkers. Les Allemands avaient évacué 2 500 autres Juifs vers les camps de concentration d’Allemagne.

 


Articles en Anglais

Articles complémentaires

Kovno
Lituanie
Les ghettos


Copyright © United States Holocaust Memorial Museum, Washington, D.C.
Translation Copyright © Mémorial de la Shoah, Paris, France