Encyclopedie multimedia de la Shoah

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United States Holocaust Memorial Museum
  Adolf Hitler et Joseph Goebbels signant des autographes aux membres de l’équipe canadienne de patinage artistique lors des Jeux Olympiques d’hiver. Garmisch-Partenkirchen, Allemagne, février 1936.
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  LES JEUX OLYMPIQUES DE BERLIN, 1936  

 

En 1931, le Comité international olympique attribua à Berlin l’organisation des Jeux d’été de l’année 1936. Ce choix marquait le retour de l’Allemagne sur la scène internationale après la période d'isolation qu’elle avait subie après la Première Guerre mondiale.

Deux ans plus tard, Hitler devenait chancelier et, en peu de temps, transformait la fragile démocratie allemande en une dictature à parti unique mettant en œuvre une politique de persécution à l’encontre des Juifs, des Tsiganes, des opposants politiques et d’autres catégories de la population. La volonté affichée par les Nazis de contrôler tous les aspects de la vie nationale s’étendit aussi au sport. L’imagerie sportive allemande des années 30 servit à promouvoir le mythe de la supériorité raciale «aryenne» et de ses prouesses physiques. La sculpture, par exemple, idéalisa la musculature développée et la force héroïque et accentua des caractéristiques faciales imaginées comme aryennes. Cette imagerie reflétait aussi l’importance que les Nazis attachaient à la forme physique, condition requise pour le service militaire.

 

 

En avril 1933, une politique d’aryanisation fut mise en œuvre dans toutes les organisations sportives allemandes. Les sportifs «non aryens» - Juifs, demi-Juifs ou Tsiganes – furent systématiquement exclus des centres et associations. L’association de boxe allemande expulsa le champion amateur Erich Seelig en avril 1933. Il reprit, plu tard, sa carrière de boxeur aux Etats-Unis. Un autre sportif juif, Daniel Prenn – champion de tennis – fut exclu de l’équipe allemande de la Coupe Davis. Gretel Bergmann, sauteuse en hauteur de niveau mondial, fut expulsée de son club en 1933 et de l’équipe olympique allemande en 1936.

Les sportifs juifs auxquels les clubs sportifs allemands étaient interdits se retrouvèrent dans des associations juives distinctes, comme le Maccabee et dans des clubs sportifs séparés. Mais ceux-ci n’étaient pas comparables aux installations bien financées dont disposaient les Allemands non-juifs. Les Tsiganes aussi, au nombre desquels le boxeur sinti Johann Rukelie Trollmann, furent exclus du monde sportif allemand.

 

 

Par un geste symbolique visant à calmer l’opinion internationale, les autorités allemandes autorisèrent l’escrimeuse demi-juive Hélène Mayer à représenter l’Allemagne aux Jeux olympiques de Berlin. Elle remporta une médaille d’argent dans l’épreuve d’escrime individuelle et, comme les autres médaillés allemands, fit le salut nazi sur le podium. Après les Jeux, Hélène Mayer retourna aux Etats-Unis. Aucun autre Juif ne concourut pour l’Allemagne. Toutefois, neuf sportifs juifs remportèrent des médailles lors de ces jeux, au nombre desquels Mayer et cinq Hongrois. Sept jeunes sportifs américains se rendirent à Berlin. Comme certains des participants juifs européens, nombre de ces jeunes furent pressés par les organisations juives de boycotter les Jeux. Ne comprenant pas à ce moment de la persécution Nazie contre les Juifs, ils choisirent de participer.

 

 

En août 1936, pendant la durée des épreuves, le régime nazi essaya de camoufler la violence de sa politique raciste. La plupart des panneaux antisémites furent provisoirement enlevés et les journaux mirent un bémol à leurs attaques. De cette façon, le régime exploita les Jeux olympiques pour fournir aux spectateurs et aux journalistes étrangers une fausse image d’une Allemagne pacifique et tolérante.

Des mouvements prônant le boycott des Jeux olympiques de Berlin apparurent aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en France, en Suède, en Tchécoslovaquie et aux Pays-Bas. Le débat sur la participation fut très animé aux Etats-Unis, qui envoyaient traditionnellement l’une des équipes les plus importantes. Certains partisans du boycott soutenaient des "contre-Jeux", dont les principaux étaient les Olympiades du Peuple, prévues pour l’été 1936 à Barcelone. Ils furent annulés après le début de la Guerre d’Espagne, au mois de juillet, alors que des milliers de sportifs avaient commencé à arriver.

Des sportifs juifs choisirent de boycotter les Jeux Olympiques de Berlin. Aux Etats-Unis, certains sportifs juifs et des organisations juives telles que le Congrès juif américain et le Comité juif du travail appelèrent au boycott. Cependant, après le vote de l'Union des Etats-Unis des athlètes amateurs en faveur de la participation, en décembre 1935, les autres pays s'inclinèrent et le mouvement en faveur du boycott échoua.

Les Nazis soignèrent particulièrement la préparation des Jeux d’été, qui devaient se dérouler du 1er au 16 août. Un immense complexe sportif fut construit, et des drapeaux olympiques à l’emblème de la svastika pavoisaient les monuments et les bâtiments de Berlin en fête et noire de monde. La plupart des touristes ne savaient pas que le régime nazi avait provisoirement enlevé les panneaux antisémites ni que le ministre allemand de l’Intérieur avait ordonné une rafle de Tsiganes à Berlin. En effet, le 16 juillet 1936, quelque 800 Tsiganes résidant à Berlin et dans les environs furent arrêtés et internés sous la garde de la police dans un camp spécial à Marzahn, un quartier à l'Est de Berlin. Les autorités nazies ordonnèrent également que les visiteurs étrangers ne soient pas passibles des poursuites pénales prévues par les lois anti-homosexuelles.

Quarante-neuf équipes sportives provenant du monde entier participèrent aux Jeux olympiques de Berlin, plus qu’à aucune autre édition précédente. L’Allemagne présenta l’équipe la plus nombreuse, avec 348 membres. Venait ensuite l’équipe des Etats-Unis, avec 312 membres, dont 18 noirs. Le président du Comité olympique américain, Avery Brundage, menait la délégation. L’Union Soviétique ne participa pas aux Jeux.

L’Allemagne organisa habilement la promotion des Jeux olympiques avec des affiches colorées et des pages entières dans les magazines. L’imagerie sportive établissait un lien entre l’Allemagne nazie et la Grèce antique. La civilisation allemande supérieure se monrait comme l’héritière légitime de la culture «aryenne» de l’Antiquité classique.

Les efforts de la propagande se poursuivirent bien après les Jeux, avec la sortie internationale en1938 des Dieux du Stade, documentaire controversé de la réalisatrice et sympathisante nazie Leni Riefenstahl. Ce film était une commande du régime nazi.

L’Allemagne sortit victorieuse des XIème Jeux olympiques. Les sportifs allemands remportèrent le plus grand nombre de médailles et l’hospitalité et l’organisation allemandes reçurent les éloges des visiteurs. La plupart des comptes rendus des journaux considérèrent, comme celui du New York Times, que ces Jeux avaient ramené les Allemands «dans le concert des nations» et les avaient même rendus «de nouveau plus humains». Seuls quelques journalistes, tels que William Shirer, comprirent que le spectacle offert à Berlin n’était qu’une façade cachant un régime raciste, oppressif et violent.

Quand les Jeux furent terminés, Hitler revint à ses plans grandioses pour l’expansion de l’Allemagne. Deux jours après la clôture, le capitaine Wolfgang Fürstner, directeur du village olympique, se suicida quand il apprit qu’il était radié de l’armée en raison de ses origines juives.

L’Allemagne envahit la Pologne le 1er septembre 1939. Juste trois ans après les Jeux olympiques, leur organisateur «hospitalier» et «pacifique» déclenchait la Seconde Guerre mondiale, conflit qui devait déboucher sur des destructions d'une ampleur jamais vue et sur la Shoah.

 


Articles en Anglais

 
Nazi Olympics, Berlin 1936
 


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